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Sketches of Pain

3...Extremes
4 mai 2005.
 


Qu’ont d’extrême les réalisateurs réunis par la production de "3 Extremes" : extrêmes orientaux, certes, extrêmement modernes, en effet, mais aussi extrêmement violents, du moins pour Miike Takashi et Park Chan-Wook, qu’on est heureux d’ailleurs de voir réunis sur une même affiche. Dans une période de relative tolérance aux raffinements barbares de ces réalisateurs, quel accueil réserver à leur aventure tricéphale ?

Notons d’emblée que nos trois compères - Miike pour le Japon, Park Chan-Wook pour la Corée et Fruit Chan pour Hong-Kong, sont des réalisateurs de longs longs métrages, c’est à dire habitués de formats descendant rarement en dessous des deux heures.
Les contraindre à l’exercice de concision est une aventure à plus d’un titre enthousiasmante, qu’il s’agisse de l’ogre Miike, du saboteur de la mécanique des mœurs Park ou du très nouvelle vague Chan. La réponse apportée par chacun à cette problématique diffère et constitue sans doute le principal attrait de "3 Extremes".

Miike, qui n’en est pas à sa première mutation, propose d’illustrer son propos dans un style singeant autant Kiyoshi Kurosawa que Lynch, avec une distorsion de la temporalité qui - si elle est efficace - a pourtant bien du mal à donner le change aux autres sketchs. Logiquement cet épisode le plus faible est donc placé en tête de la collection, et cette gradation ne se démentira pas. La tentative de faire un film de Pandore, une boîte ou tiendrait beaucoup plus que ce qu’elle paraît pouvoir contenir, se nomme - voyez la subtilité - "La Boîte". Ni bonne ni mauvaise, l’intrigue cousue d’inceste et de flashbacks tend à se replier dans l’espace forclos, claustrophobe, d’un accessoire de cirque, origine et aboutissement de toutes les névroses. Hélas sans surprise.

Si on passe un cran au dessus avec les "Beignets" de Fruit Chan, ils nous laissent cependant un léger goût de film mort-né sur la langue, sans doute compensé par la version longue de ce même scénario, tournée dans le même mouvement. En effet la réponse de Chan à la contrainte du court est justement de le faire comme un long. En mettant en scène le film sans doute le mieux produit jusqu’alors de sa carrière, il en profite pour engager le très courtisé chef opérateur Chris Doyle, des comédiens pros, et visiblement se délecte de ses nouvelles possibilités, oubliant un peu l’urgence qui faisait la grâce de ses précédentes réussites. Mais sans ajouter au cortège de louanges qui accueillent ce segment, convenons quand même de ses réelles qualités esthétiques et de critique sociale.
Une femme qui refuse de vieillir fait appel à l’aide une guérisseuse de quartier, un peu sorcière. Les remèdes prescrits sont très spéciaux et impliquent de consommer littéralement la jeunesse des autres. On retrouve alors la virulence politique de Chan, appliquée au fossé des générations, non sans une très vive misogynie, embarrassante, qui nappe aussi le dernier segment de "3Extremes".

Signé Park Chan-Wook il s’agit, une fois n’est pas coutume, d’une histoire de vengeance. Si on a encore du mal à se persuader que Park n’usurpe pas un peu sa place de réalisateur de premier plan, il faut cependant reconnaître que la partie qu’il réalise ici est de loin la plus aboutie et maîtrisée. On y retrouve les fondamentaux de ses scénarios : une machination implacable, un enlèvement, nombre de supplices moraux et physique, le piétinement des valeurs du couple, le tout cette fois pris dans les rets d’une construction limpide. Soit une stylisation de son savoir-faire qui était déjà lui même épuré, d’une efficacité absolument redoutable laissant le spectateur sans voix, pris de vertiges à la lisière du mauvais goût où évolue son univers.

A l’heure où l’on parle beaucoup de l’émergence d’une cinématographie pan asiatique, cette expérience renouvelée (cf. "Trois, Histoires de l’au delà", 2003) de co-production entre trois jeunes maisons s’avère concluante. Qu’elle soit relayée en France par la politique éditoriale aventureuse de Wild Side, responsable des dernières sorties des films de Miike comme de "Oldboy", mais aussi d’éditions de DVD prestigieuses, n’étonnera personne. En 2005 ils fêtent leurs trois ans. Trois ans...extrêmement biens.

3 Extremes, le 4 Mai 2005
un film de Fruit Chan
Park Chan-wook
Takashi Miike

B. Illos

+

 

Attente : Rashid Masharawi
Gentille : Sophie Filières
Vera Drake : Mike Leigh
A Travers la forêt : Civeyrac
The Shield : Shawn Ryan
Charlie et ... : Burton
Travaux : Brigitte Roüan
3...Extremes
Eternal Sunshine : Gondry
Obras : Hendrick Dussolier


Purgatoire : J.Lacoste : Colline
Adeline Frossard : sans titre 2005
Electra : Le Voyage Intérieur
Dada : Beaubourg
Kim Hiorthoy
Richard Kern


Gontcharov : Oblomov
J. Fforde : L’Affaire Jane Eyre
Everyday : Nananan
20th Century boys : Urasawa
Les Araignées : Fritz Lang
Jeunesse Soviétique : Maslov
Blue : Kiriko Nananan
Les Boutiques de Cannelle


Duracell : Turrican
Amen Break : N.Harrison
I Love Death : H. Häyhä


Fuh & The Fagetz
Filastine : Burn It
Halfstrike : After Deep Rest
Depth Affect : Arche Lymb
Great Jewish Music : Gainsbourg
Soirées Nomades : Battles
Wisp : NRTHNDR
Non-Stop : Road Movie...
Why ? : Elephant Eyelash
Vex’d : Degenerate
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