Difficile de faire plus de promesses que Joris Lacoste vendant Purgatoire dans sa note d’intention :
« Vous aimez les pannes de courant, les sauts dans le vide, les explosions vues d’une fenêtre, les voitures qui brûlent au loin ?
[…] Du grand spectacle ? De la tragédie contemporaine ? De la catharsis pour tous ? Purgatoire est pour vous. »
Alors on compatit un peu à l’amertume de notre voisin qui, sorti, ne peut s’empêcher de constater : Il ne s’est rien passé…
Pourtant nous n’avons pas été trompés : panne de courant, sauts dans le vide, explosions… Tout était presque là, mais dans l’entre-deux du langage. Ce purgatoire est plein d’imprécations, les menaces pleuvent « certains d’entre vous vont sortir…certains vont se sentir mal…finiront débiles » (rires, malaise).
Une déception fort bien préparée.
Les comédiens n’oseront pas trop vous l’avouer d’abord « mais d’habitude c’est mieux ». Première excuse. La vérité c’est que c’était trop cher. « Plusieurs milliards d’euros ». Il ne reste plus qu’à apprécier l’élégance avec laquelle on se fait flouer. Et il faut admettre que Lacoste s’y entend. Il décrit le délitement absurde du spectacle avec une habileté d’illusionniste et une profondeur réflexive fascinante
On imagine ses jeux d’enfant. L’ombre du labyrinthe qui découpe l’espace de la petite salle de la Colline se décline en parallélépipèdes – des enceintes aussi parois, building, un jeu de construction dans lequel il dispose ses figurines, les arrange, les retire. L’ère du théâtre de marionnettes chère au Wilhelm Meister de Goethe, qui enfant y découvre la vocation, les souvenirs de Bergman avec sa laterna magika, sont loin derrière nous. Pour les enfants du siècle place au jeu vidéo, aux arrêtes, à l’isométrie, aux lignes qui se recoupent sans trop de logique dans des perspectives troublantes. On se déplace donc sur scène comme mu par une intelligence artificielle. La voix aussi se change en grattements robotiques, démonstration étonnante de comédienne ayant appris par cœur un cd rayé et ses ratées.
Et on ne peut sortir de la salle sans l’idée que c’est un très bon spectacle qui n’a pas eu lieu ce soir là au théâtre de la Colline.
Purgatoire de Joris Lacoste
Théatre de la Colline
Mars 2007