Réédité dans une collection bon marché, il ne faut par rater l’occasion de se procurer Oblomov. Ce roman essentiel du XIXème siècle russe décrit dans son premier mouvement la journée, pareille à tant d’autre, du personnage titre, un petit propriétaire terrien si bien ensuqué dans son appartement douillet qu’il en est devenu incapable de se tirer du lit. Malgré les lettres du propriétaire qui veut le chasser, les visites de ses quelques amis voulant le sortir, ou l’opportunité de voyages, Oblomov ne peut même atteindre du bout de l’orteil une pantoufle. Le monde extérieur est à ses yeux par trop pénible, décevant, surfait et en un mot fatigant. Aussi pourquoi ne pas passer sa vie à la rêver… Seule la perspective d’une idylle aura, peut-être, raison de sa mollesse.
Le personnage est un type littéraire à part entière, il a une entrée à son nom dans les dictionnaires russes et Lénine a même axé certaines diatribes contre ce modèle de paresse bourgeoise… Néanmoins Oblomov fait aussi partie de la vaste famille des découragés, des paresseux de génie en lutte contre la médiocrité de l’existence, en quête de pureté poétique, au même titre que l’auteur dans le Paludes de Gide, « spécialement l’histoire de qui ne peut pas voyager », ou de Corbière, Décourageux
« Ce fut un vrai poète : il n’avait pas de chant.
Mort, il aimait le jour et dédaigna de geindre.
Peintre : il aimait son art - Il oublia de peindre...
Il voyait trop - Et voir est un aveuglement. »
un incapable prodigieux, mâtiné d’un désespéré qui se connaît trop bien.
A ceux dont l’univers parfois se limite aujourd’hui aux quelques centimètres carrés de l’écran d’ordinateur, la langueur du personnage qui échelonne tout un monde en le ramenant à portée de son sofa semblera familière, décrite avec une acuité qui manque parfois pour se regarder en face !
Oblomov de Ivan Goncharov
Gallimard Folio Classiques