Comme on plisse les yeux pour mieux se concentrer et voir, il existe un point de basculement entre l’intérieur et l’extérieur ou le monde devient opaque et froid, pareil à une sculpture. Dans ses vidéos Adeline Frossard distord les cadences temporelles pour y imprimer ses affects. Le ralentissement du temps "mortifie et matérialise" notait Epstein dans L’intelligence d’une machine.
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Dans la découverte du travail d’Adeline Frossard il y a un peu d’un plaisir d’enfant : détendre le ressort de la tristesse, laisser son regard se brouiller de larmes forcées...
Perspectives avortées, champs bouchés, la série photographique des intérieurs - exploration le plus souvent auto documentaire - pourrait être étouffante, avec ses masses floues à la charge morbide, sans l’extase qui se trouve à la lisière de la vision, en juste bord du monde intérieur.
C’est le même vertige du regard qui est à l’œuvre quand elle traque les points de fuite de la conscience dans sa maison d’enfance, et que face aux collections d’un quotidien devenu absurde, à la réalité massive du mobilier trop vu pour être regardé, elle se laisse absorber dans son vide intérieur.
Un calvaire qui va parfois à la rencontre de la folie douce quand dans une petite mise en scène l’artiste prépare un repas sans convive dont le régal survient quand, comme enfin lasse de jouer, son regard s’enfuit dans les grands aplats orangés des reliefs.
Cette exploration intérieure est doublée en miroir d’aventures extérieures, profondément déceptives. On se prend à croire que les vastes paysages Québécois voudront bien vous admettre en leur sein, mais très vite leur immensité les déréalise. Impossible de rentrer en contact avec cette beauté qui se dérobe sous vos yeux. Paysages hermétiques qui vous ricanent au nez, vous repoussent en dehors d’eux ou vous égarent dans le vide abstrait de leur immensité.
Ces deux pôles de l’expérience s’articulent autour de portraits qui démontrent dans leur structure duelle combien le monde des autres peine à s’affronter à la beauté trouble de l’intériorité.

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Adeline Frossard
Sans Titre 2005
Présenté au Festival Vidéoformes de Clermont-Ferrand en 2006