Vers 1997 à Boston traînait un certain Jace Clayton aka Dj /Rupture. Il avait durant quelques temps fait le journaliste, mais aussi et surtout bricolé dans le collectif Toneburst aux côtés de Hrvatski et de Electro Organic Sound System. Rupture allait bientôt se tourner vers l’orient et après un périple dans le Maghreb fonder à Madrid le label Soot, digne successeur du Dub in Fusion de ces années là...
Grey Filastine pendant ce temps faisait ses classes dans diverses formations, dont sa fanfare percussive Infernal Noise Brigade, battucada noise des manifestations anti-g8. Elle succédait à ¡TchKunG !, qui semait déjà les graines de l’alter mondialisme musical au travers du label Post-World Industries.
La publication du redoutable Lp du second par le premier - Burn This - est donc loin de relever du hasard.
Le mix, crûment politique, s’y fait métissage. Rupture avait évoqué dans un article son travail comme un « désagrégationisme », un moyen de dissoudre les cultures l’une par l’autre, de rentrer sous la peau de l’autre... non sans rappeler que le sampling reste le geste paresseux - à opposer à la rencontre de deux musiciens.
Dans son propre style Filastine suit cette recherche et vient frotter ses machines et ses beats complexes de maître percussionniste à une diversité de langues (français, espagnol, arabe, portugais...) et de sons. Des violons s’aventurent dans des modes inconnus des machines, des zokras se faufilent autours des breaks et durant les intermèdes une omniprésente traduction américaine évoque comme l’indique l’un des titres la Crescent Occupation de la culture globalisé.
Dans la géographie accidentée de Burn It on retient particulièrement les arabesques de Splinter Faction Delight et Autology, qui émaillent d’éclats arythmiques les arabesques de la voix de Jessika Skeletalia aka Jessica Kenney, vocaliste au répertoire gigantesque.
Au nombre des voix féminines de l’album, on se réserve aussi la surprise de découvrir d’avantage du flow d’or de Mc Subzero Permafrost, lacéré consciencieusement dans Boca de Ouro et qui se joue du contretemps sans perdre un gramme de flegme.
Filastine est tout le contraire d’un philistin, a du souffle, de la culture, et il s’en sert pour opérer de créatifs détournements de sens et retournements de valeurs. Voici pour finir une vidéo qu’il a tournée durant une session à Tanger avec Maga Bo, son collaborateur au sein du projet Sonar Calibrado. Ou comment recycler l’Arte dei rumori à l’heure de la guerre en Irak.
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Burn It
par Filastine
sorti sur Soot Records
