Gentille est une comédie sentimentale qui repose sur la personnalité décalée de Fontaine Leglou. Cette parisienne incarnée par Emmanuelle Devos travaille de nuit en tant qu’anesthésiste. Mais la précision que requiert sa profession n’a pas d’écho dans sa vie intime, Fontaine est maladroite en tout. Comme une petite voiture se cognant aux murs, Fontaine cherche son chemin.
Pendant la scène d’ouverture on la découvre marchant d’un pas assuré. Elle s’arrête soudain, et traverse pour demander à un badaud d’arrêter de la suivre, mais celui-ci ne la suivait pas. Est-ce une manoeuvre pour provoquer une rencontre et obtenir un rendez vous ? En tous cas, Fontaine prête souvent aux autres des pensées qui sont les siennes. S’ensuivra un curieux marivaudage qui tournera court, Fontaine se prenant les pieds dans le tapis moelleux de ses contradictions et se rétractant, pour mieux rejoindre son légitime.
Un autre jour elle avale la bague de fiançailles que son compagnon glisse dans son yaourt. Après ce dîner improvisé chez sa belle famille elle se retrouve à fouiller son étron, munie d’une fourchette et d’un gant.
Ainsi, sans cesse plongée dans l’embarras et d’autres matières moins nobles, Fontaine se sort comme elle peut des épreuves burlesques qu’elle s’inflige.
Ces situations décalées frisant l’absurde font mouche, et dévoilent, au fil des scènes et des rencontres, l’univers et la perception insolite de l’héroïne. Quiproquos, non dits, malentendus liés à l’imprévisibilité de Fontaine sont servis par des répliques ciselées. Après Aïe, Sophie Fillières invente à nouveau une héroïne drôle et sensible, à la maladresse entre Pierre Richard et le grand Sellers. Ce n’est pas le moindre intérêt du film que d’essayer de les conjuguer au féminin.
Gentille, de Sophie Filières
En salles le 14 Décembre 05