Mike Leigh, amoureux des petites gens, croque des instants de vie chaque fois plus vrais. Jamais il n’hésite à mettre les pieds dans le plat, abordant tour à tour les thèmes de l’exclusion, de la solitude ou du non-dit que ce soit dans High Hopes, Naked ou encore dans Secrets et Mensonges. Son huitième et dernier opus, Vera Drake (Lion d’Or à Venise en 2004) pousse encore plus loin la réflexion sur l’hypocrisie des rapports de classe. Peintre du réel, Mike Leigh dépeint à merveille la torpeur de ces années 50, « noires et très fonctionnelles ».
Energique et souriante, Vera Drake est un petit bout de femme entièrement dévouée à ses proches. Entre deux tasses de thé, elle cuisine pour sa famille, aide ses voisins invalides, convie ses voisins à dîner. Pour arrondir ses fins de mois en ces années difficiles d’après-guerre, elle travaille comme femme de ménage au service de riches familles bourgeoises. Même si la vie est rude et les distractions rares, Vera savoure auprès de Stan son fidèle compagnon, et de ses deux enfants Sid et Ethel, les menus plaisirs de l’existence. C’est au coin du feu une tasse de thé à la main que les soirées en famille sont les meilleures.
Jusqu’au jour où son secret si bien gardé vole en éclat un soir de Noël 1950.....
Vera se dépense sans compter pour les siens....et même pour les autres ; les autres ce sont toutes ces femmes dans le besoin qu’elle « aide » bénévolement, chaque vendredi à dix-sept heures. Douce faiseuse d’ange, Vera fait, depuis vingt ans, « revenir leurs règles » à toutes celles qui cherchent à se débarrasser d’un lourd fardeau. Dans la lignée de Claude Chabrol avec Une affaire de femmes (primé au même Festival de Venise seize ans auparavant), Mike Leigh aborde avec finesse un sujet volontairement polémique, celui de l’interruption volontaire de grossesse. Abandonnées, violées, volages ou usées par des maternités à répétition, Vera intervient au domicile de ses patientes. Au moyen d’une poire à lavement, d’un savon et de désinfectant, elle soulage et réconforte ces femmes sans le sous là où les plus aisées sont légalement prises en charge.
Vera ne juge pas, elle soigne : « Voilà ce que vous allez faire mon p’tit. Vous allez vous allonger et me laisser faire. Demain, vous aurez mal au ventre, vous irez aux toilettes. Prenez une bonne tasse de thé et tout ira mieux ».
Considérée comme criminelle au regard de la loi britannique de 1861, Mike Leigh interroge la notion de culpabilité. Là où les policiers compatissent, les jugent condamnent !
A noter que Mike Leigh offre à Imelda Staunton un beau rôle pour lequel elle a obtenu la Coupe Volpi. Cela tient sans doute aux directives strictes imposées par le réalisateur : l’improvisation est son maître mot ; l’émotion au cœur des préoccupations.
Le rendu est impressionnant : classique dans sa structure et pourtant saisissant.
Vera Drake de Mike Leigh
5 septembre 2005
Canal+ Vidéo