Civeyrac a laissé la perfection à d’autres. En acceptant de soumettre son cinéma à des ratées possibles il s’est choisi le champ infini de l’humain. C’est pour ce défaut qu’on l’aime.
A Travers la forêt s’ouvre pourtant sur une séquence d’une perfection absolue : nue au sortir des draps Armelle est une nymphe qui s’étire dans le plan. Elle se coule jusqu’au rideau pour découvrir le beau temps, roucoule à son amoureux sa chanson dans un anglais qui les fait rire, vit un bonheur plein et vrai qu’un sortilège lui enlève. L’ombre recouvre la lumière, elle se retrouve vainement à la recherche du garçon - mort depuis quelques temps.
Ce qu’on ne peut pas raconter d’une phrase se noue pourtant en un plan, et nous ramène à Fantômes qui exerçait déjà le procédé avec moins de bonheur. Sortis de l’enchantement on apprendra qu’elle a perdue son Renaud dans accident de moto, et que deux sœurs qui la couvent sont comme les revers d’une même médaille : l’une pragmatique lui dit un peu trop sèchement de tourner la page, l’autre plus fantasque l’emmène chez une voyante pour entrer en contact avec ce mort qui la hante.
Le comédien, espèce possédée, championne de l’avatar, ne trouble pas J.P. Civeyrac qui dirige à nouveau d’une haleine un plan de spiritisme incarné par la chamanique Mireille Rousselle.
Comment après un tel numéro n’être pas aussi grisés et vouloir croire à tout prix à cette histoire qui se précipite vers son dénouement fantastique...
A Travers la forêt
De Jean-Paul Civeyrac
En salles le 12 Octobre 2005