D’abord ça ressemble à une parodie de Programme, le duo apocalyptique de Arnaud Michniak et Damien Betous. Un type avec l’accent toulousain si marqué qu’il en est presque québécois déverse sur vous une complainte outrée du style « j’ai vomi dans ma merde » sur un beat desséché. Alors quand on remarque que Michniak justement produit l’ensemble on se dit qu’il ne manque pas d’humour :
J’ai tellement pleuré que les pompiers sont venus me chercher en barque
Brandade de sirènes
Epine dorsale cassée
J’aurais pas dû choisir mes amis avec un annuaire et des fléchettes
Puis on commence à songer mal à l’aise qu’une blague de ce genre qui durerait plus de trois secondes ne serait pas si drôle ; et bizarrement ce débit tranchant qui lacère tout ce qui bouge ressemble tellement à celui de Michniak, devenu en quelques années un héros bien particulier dans son genre, l’un des rares à se donner encore en France la peine d’aller gratter ses textes là où ça fait mal...
Alors on passe en plage deux, même humour noir-issime qui au bout de dix secondes ne fait plus rire du tout mais galvanise en vous une sorte de boule de rage - tiens au fait, c’était peut-être ça, le rock...
Suspendre des somnambules à des crochets de boucher ça me plait
Croire qu’un mime c’est un miroir qu’on peut briser sans risquer 7 ans de malheur
Savoir que la France est une mongolienne
La France est une mongolienne ça me gêne
On retourne l’objet dans ses doigts et on se dit que pour le coup il y a vraiment eu rencontre entre ce « Non-Stop » alias Frédo Roman et Blanquet, qui se charge avec toujours le même talent de l’artwork : même volonté de minutie malsaine, même volonté de surmonter le dégoût...
Ambulance en flammes cherche sortie d’autoroute
Camion fou échange freins contre platane
Cleptomane poursuivi par caïman invisible court après sac à main
Maladie rare recrute cobaye
Les énumérations de Idiot cherche village, leur mauvaise foi lexicale, maintenant que l’inoculation de Road Movie en béquille commence à être tolérée, évoque autant Vialatte qu’A découvrir absolument de Diabologum.
On poursuit cahin cahan l’écoute, en passant par le duo avec Michniak, qu’on est content de retrouver (mais il devrait s’occuper de son prochain disque maintenant, plutôt que d’aller poser sur celui des autres, comme il l’a déjà fait cette année dans l’excellent opus de Dj Rupture, Special Gunpowder) puis on fait une longue pose au Cœur dans le dos, qui n’est pas un morceau qui joue - et qui dans sa sincérité permet de trouver la brèche du clown vampire que veut incarner Non-Stop :
Désormais tu es prêt à intégrer définitivement l’Esprit Maison
Tu ne veux plus entendre le ciel couler dans la mer
Tu ne veux plus croire à la couleur des odeurs
Désormais tu ne perdras plus car tu seras sûr de gagner
Tu intègreras définitivement l’Esprit Maison
Ce sera le dernier prétexte de cette vie à blanc qu’on oubliera aussi vite qu’une histoire drôle
Ce nimbe de tristesse fait finalement de Road Movie qu’on aurait trop vite pris pour un crachat vaguement dadaïste un brûlot imaginiste qui travaille un socle de sensations nettes.
Et quand enfin dans Le Fils du soldat inconnu on découvre son auteur en nouvelliste borgésien, on se dit qu’effectivement, Non-Stop porte bien son nom : il est parti pour nous emmener loin.