Quel lecteur n’a jamais voulu connaître la suite du conte de fée, une fois que le prince et la princesse sont confortablement calés repus dans leur canapé ?
Kiriko Nananan aime ces sujets épineux. Blue son premier manga paru chez Sakka racontait une histoire d’homosexualité en fleur. Everyday, paru dans la même collection cette année, peint le quotidien d’un couple, en évitant soigneusement la représentation anecdotique. Il ne s’agit pas d’énumérer deux ou trois détails caractéristiques d’une journée type. En reposant la question du quotidien, il faut affronter cette zone d’ombre qu’est la vie à deux : ce que signifient agir pour l’autre, agir pour soi.
Nananan nous présente donc la vie d’une jeune femme, Miho, perdue dans sa routine, et cherchant au fil des pages à lui donner un sens. En tournant autour de ce concept de quotidien, Everyday se constitue en variation picturale et discursive, démêlant les fondements d’une relation amoureuse.
Kiriko Nananan met ici son héroïne face à des situations extrêmes, l’infidélité, la prostitution.
Dans ce récit intériorisé par l’héroïne, elle part seule en quête des questions et des réponses : Le quotidien, est-ce l’indifférence ? Qu’est-ce que le bonheur ?
Il n’est pas laissé au lecteur la possibilité de sortir du schéma de pensée de Miho. Elle donne à voir. Seules apparaissent comme des trous les moments qui sortent de l’ordinaire, représentés par des cases noires, doubles des pensées et réflexions de l’héroïne.
On retrouve dans ce traitement de l’univers mental la touche de pudeur silencieuse qui marquait déjà Blue. D’un point de vue graphique, le manga est par contre plus classique que le précédent. On ne retrouve pas cet univers décalé, fait de décomposition du cadre, de point de vue biaisé qui seyait si bien aux adolescentes. D’une certaine manière, l’univers réglé du quotidien de Miho et de Seiichi, du moins ce que l’on en discerne, est recomposé sans relief. Bien que le dessin soit beau et le sujet ambitieux, que le manga se laisse lire facilement et avec plaisir, il est moins intense que le précédent opus d’un auteur dont on souhaite continuer de découvrir le travail.
Everyday de Kiriko NANANAN
Casterman / Sakka