Pourquoi Kim Hiorthøy est génial, pourquoi son
premier disque Hei continue de tourner à la maison depuis quatre ans, enchantant autant ma chère maman que les amis que je n’oserais jamais lui présenter ?
Sans doute déjà parce que le personnage a un souffle rare parmi ceux qui s’acharnent à penser que la musique électronique a encore des choses à dire. Choisissant des ingrédients d’une simplicité déroutante dans les sons sur-éculés des banques midi de son synthé, il tapote deux, trois arpèges, les fait évoluer sur un rythme
basique et lancinant, amorçant son travail de sape, les tracks tournant en moyenne sur cinq minutes. Peu à peu des samples décousus de conversations téléphoniques ou de sons moins identifiables entrent, avec ce point commun de communiquer une nostalgie organique et diffuse (Debussy rôde encore...). A l’apogée, petit break, entrée délicate de la basse et de rythmiques plus ciselées qui enlèvent l’ensemble et suscitent, oh surprise, une déflagration d’émotions.
Mais on ne dira pas musique émotive sans
bien noter qu’il ne s’agit pas d’un Tiersen ni d’un Comelade norvégien. Car l’insignifiance des mélodies voir leur quasi inexistence - qui font souvent douter qu’il possède une quelconque notion de solfège (violoniste amateur il ne lit effectivement pas la musique) - ne permet pas moins à Hiorthøy de composer la parfaite compagne de moments délicats, seuls ou à plusieurs, où les fausses notes n’auraient plus d’importance. Son oreille harmonique est branchée sur une visée moins directe, basée sur l’écho, la rémanence, et une attention concrète de miniaturiste naïf.
Sa relation à l’image s’est déjà
épanouie d’ailleurs dans les divers travaux qu’il a pu exécuter pour les pochettes du label Rune Grammophon puis pour son propre label, Smalltown Supersound.
Issu d’une école d’art il s’est frotté à divers médias (vidéo, sculpture et dessin) avant de faire de la musique sa pratique de prédilection, mais il n’a pas interrompue sa recherche et continue à être exposé régulièrement à travers le monde. Son art est en effet loin de se limiter à un domaine national et porte l’empreinte de ses voyages aux Etats-Unis ou au Danemark. Smalltown Supersound était par ailleurs invité du dernier festival Sonar, et Jaggajazzist, autre signature du label, est distribué par l’éminent label anglais Ninja Tune.
Après avoir sorti deux e.p. et un l.p. cette année, l’hyper actif Hiorthøy expose actuellement à la librairie Magma de Londres une rétrospective de son œuvre graphique : pochettes, affiches dessins. Smalltown Supersound poursuit sa ligne intrigante, et après avoir sorti cette année, entre une vingtaine d’autres références, un fabuleux album free jazz emporté par...Sonic Youth, il prépare un nouveau disque de Hiorthoy et annonce de nouvelles merveilles pour l’année à venir.