Humour, érudition, engagement politique et sens du rythme : on a le désir après avoir découvert Can I Get an Amen de mieux connaître Nate Harrison. On reste admiratif d’un travail qui sait à la fois tirer la moelle de la culture populaire et la rendre avec ce qu’il faut de sens critique, prônant le recyclage comme l’un des beaux arts, redéfinissant les enjeux de la propriété intellectuelle.
3 questions à Nate Harrison
Quand et comment a germé l’idée de Can I get an Amen ?
Quiconque a déjà produit des breackbeats, ou du moins en a été fan ces 15 dernières années, connaît une partie de l’histoire du Amen Break.
Il s’agissait pour moi d’une de ces choses dont on n’a connaissance que par fragments, mais dont je voulais à la fois prendre et donner à voir une vue d’ensemble.
Après quelques recherches préliminaires j’ai découvert que nulle part ailleurs on ne pouvait trouver assemblée les différentes pièces du puzzle, j’ai alors entrepris de le faire.
De plus tous les extraits musicaux sont issus de ma discothèque - des chansons avec lesquelles j’ai grandit - c’est aussi parti de là...
Puis la vidéo a été publiée sur mon site pour documenter l’installation, et aussi dans quelques galeries : Los Angeles, Pasadena ; et présentée à un symposium sur les musiques populaires à Seattle.
Vous avez fait partie de structures collaboratives : plus largement vous sentez vous rattaché à une géographie mondiale d’artistes électroniques ; et si oui, desquels vous sentez vous le plus proche ?
J’ai collaboré à beaucoup de niveaux avec une foule de personnes, d’abord quand je faisais de la musique à New York, aujourd’hui d’avantage autours d’expositions.
Bien que je pense faire partie de ce champ mondial d’artistes électroniques, je me sens souvent aussi en dehors. A mon avis, et malheureusement, une part trop grande de l’art électronique verse dans la catégorie du divertissement, ce qu’à mon sens il ne devrait pas faire. Bien sûr, il faut explorer des formes nouvelles, et s’amuser dans leur expression créative, mais bien souvent les gens se servent de leurs nouveaux outils sans aucun sens critique. Peut-être devrions nous nous poser la douloureuse question du bénéfice que la société a à tirer de cette débauche technologique, et ne pas se contenter de s’amuser avec nos nouveaux jouets. C’est du moins ce que je m’efforce de faire. Mes artistes favoris demeurent donc ceux qui examinent les structures, forces et institutions qui bâtissent et régissent nos sociétés.
Des projets à venir ? Vous avez définitivement laissé votre musique de côté ?
Pour les projets, je démarre une nouvelle vidéo qui entreprends d’examiner le recyclage vidéo sur film, vidéo et télévision. Je la publierai sur mon site quand elle sera achevée, à la fin de l’hiver...
Concernant la musique, je sais que j’en referai un jour, mais quand ? Juste peut-être quand ce sera le bon moment !