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![]() Manga fleur Blues...Blue : Kiriko Nananan
29 mars 2005.
S’agit-il d’un shojô de plus, comme on a l’habitude d’en lire ? Ici encore il y a une histoire d’amour, un lycée de filles ; mais l’héroïne Kayako aime Endô, une jeune fille fascinante, qui l’intrigue dès leur rencontre : quel est donc son secret ? Dès les premières pages le lecteur est frappé par le trait épuré du dessin, les choix de la composition et les cadrages décalés. L’ensemble installe une atmosphère toute particulière qui nous emmène loin de ce que l’on a pu lire jusqu’à présent et loin de ce qui fait habituellement le charme naïf d’un shojô. Blue est un livre rempli de cases noires, qui occupent parfois toute la page. Sont-elles le signe du deuil de quelque chose qui appartient à l’adolescence, quelque chose qui fait partie de ce qui ne peut être dit ? La perte de l’innocence après une nuit d’amour, sans amour, dans les bras d’un lycéen. La conscience de cette perte
. La déception, le désespoir de ne pas avoir trouvé ce que l’on était venu y chercher. L’impossibilité aussi de nommer exactement ce qu’on était venu y chercher. Ces blocs noirs sont très souvent la matière graphique des silences étouffés de l’héroïne. L’histoire semble être la mise en image pudique des souvenirs de Kayako. Le bleu qui les nimbe est celui d’une nostalgie sensible tout au long du livre, et dont le lecteur n’arrive pas à déterminer au final si elle est plus le sentiment du personnage, de la mangaka, ou la sienne. La ressemblance entre tous les personnages féminins du manga crée une confusion pour le lecteur entre les différents protagonistes, mais celle-ci est instrumentale. Comme pour contrarier un travers couramment reproché au manga - dit de dessin uniforme. Cette confusion, habilement entretenue, permet le passage de l’anecdote figée à une histoire qui met en jeu des situations plutôt que des types de caractères. On distingue suffisamment chaque personnalité sans avoir besoin de les associer à un défaut ou une qualité. Ce manque de distinction pourrait rendre interchangeables les personnages, mais la construction subtile de leurs personnalités l’empèche. En d’autres termes, l’effet recherché n’est pas de rendre les personnages totalement impersonnels, mais plutôt de rendre les situations plus vraies en ne décidant pas que tel comportement ou sentiment est imputable à la seule personnalité d’un personnage. Les situations mises en scène ici concernent beaucoup plus de personnes qu’un seul type de caractère. Kayako est le point de mire de chacun des personnages de Blue. En tentant de se chercher et de se définir, la quête de son identité constitue peut être le véritable sujet de Blue. Aux prises avec des conflits intérieurs, face aux sentiments de ses camarades, son histoire se dévellope dans un prisme éclaté. Sa rencontre avec Endô, d’emblée présentée comme mystérieuse, déclenche son désir de mieux se connaître elle même. Et quand son amie lui révêle son secret, Kayako se retrouve entraînée sur un chemin étonnant.
Blue de Kiriko NANANAN
Marianne Valensi
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+ SakkaLittéralement en Japonais : auteur, écrivain, homme de lettres. On ne dira jamais assez de bien de cet artiste trop rare qui dès l’un de ses premiers albums, 3615 Alexia (réédité par Ego comme X l’an dernier) su montrer une intuition rare de l’emploi du cadre, de la mise en couleur, et une très grande délicatesse de portraitiste. Bientôt son talent allait se tourner vers l’orient, d’abord d’un point de vue exotique (Love Hotel, Tokyo et mon Jardin - de vrais bonheurs de "romans graphiques" à la première personne) puis endogène, puisque ses ouvrages paraissent aujourd’hui au Japon. Site de Sakka : http://www.sakka.info/ |
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